Mieux travailler ensemble

Séminaire pour une nouvelle dynamique de coopération dans le secteur culturel nantais

Inventer et co-produire de nouveaux dispositifs de coopération

Destinée à favoriser la coopération, la mutualisation et l’innovation, la démarche « Mieux travailler ensemble » visait à élaborer des dispositifs concrets et opérationnels répondant aux attentes et aux volontés partagées par la Ville et les acteurs (et repérées lors des concertations antérieures).

La logique proposée a consisté à identifier les dispositifs à mettre en chantier et à construire une méthodologie permettant une véritable posture de co-production. L’approche de la notion de coopération adoptée ici mettait au centre l’idée de faire œuvre commune en proposant de dépasser la somme des intérêts particuliers et d’identifier l’intention partagée, le sens profond et les raisons d’être des coopérations à construire.

La proposition méthodologique, déclinée et adaptée dans les différents ateliers, reposait sur les étapes suivantes :
> Identifier les acteurs en présence, leurs attentes et leurs motivations
> Construire une culture commune du sujet traité
> Formuler le sens et l’intention (ou les raisons d’être) de la coopération
> Définir, préciser ou amender l’objet de la coopération (c’est-à-dire le dispositif à co-produire)
> Décrire le dispositif, les activités à mettre en œuvre pour l’animer et les premiers pas pour poursuivre la dynamique

Sont présentés ici les dispositifs imaginés au sein de chacun des 9 ateliers thématiques. Ceux-ci ont réuni au total 120 participants à Nantes les 30 novembre et 1er décembre 2017.

L'OPC a conçu la démarche et la méthodologie, la coordination des intervenants, l'animation et la synthèse.

Atelier 1 : L'éco 6 TM coopératif nantais

Un « lieu-réseau » à l’échelle de la métropole pour mettre en synergie les lieux existants

Comme son nom l’indique, l’éco6TM coopératif nantais n’est pas un tiers-lieu physique mais un dispositif écosystémique visant à optimiser les interactions et les synergies entre les lieux existants. Les participants et l’animateur de l’atelier le présentent volontiers comme un lieu-réseau, un lieu-rhizome ou encore un méta-lieu reposant sur 4 étages distincts :

Le « convivium ambulatoire » est un dispositif léger qui consiste à faire le tour des équipements et des ressources du territoire sous forme de rendez-vous réguliers et conviviaux afin d’établir une cartographie des lieux et des acteurs, un inventaire des ressources existantes, mais aussi - et surtout - de favoriser la connaissance des personnes, postulant que la coopération ne se décrète pas mais qu’elle est le fruit de la sérendipité et des rencontres hasardeuses.

Le « rhizome » vise à mettre en synergie les lieux repérés pour inventer de nouveaux communs, hybrider les savoir-faire, les pratiques et les publics. L’objectif n’est pas de susciter de simples collaborations mais bien d’inciter chacun à faire un pas de côté, à sortir de sa posture habituelle pour inventer avec d’autres de nouveaux terrains de jeux en matière de production, de création, de diffusion…

 Une « plateforme de ressources et de ressourcement » forme le 3ème niveau de l’éco6TM. Portail numérique open source fonctionnant selon une logique Creative commons, elle regroupe des informations sur les lieux impliqués, les rendez-vous ambulatoires, les projets à venir et les offres de coopération. Elle valorise des initiatives inspirantes et héberge des outils dédiés à la coopération (MOOC…). La plateforme est coordonnée par une « actrice-interface » chargée d’animer la communauté et de stimuler les coopérations. Ce poste, par nature indépendant et autonome financièrement, n’a pas vocation à être pris en charge par la Ville mais par la communauté des acteurs (sous une forme coopérative).

Enfin, le « fonds de tiroir » permettrait de financer l’éco6TM coopératif nantais par une contribution encore appelée le « 1% coopératif », versée par toutes les associations et institutions culturelles percevant des subventions de la Ville ou de la Métropole. Il s’agit par cette expérimentation de « faire la démonstration des intérêts à coopérer » en produisant une richesse collective reposant sur la solidarité.

2. Le coopératoire

Laboratoire et comptoir de coopération artistique et citoyenne

Invités à penser des modes de gouvernance coopératifs pour les lieux culturels nantais existants ou à venir, les membres de cet atelier ont imaginé le « coopératoire », un lieu culturel fictif et idéal, associant espaces de travail pour les professionnels des arts et de la culture (lieu de diffusion et de création), activités génératrices de recettes propres, dispositifs d’insertion et de solidarité et usages conviviaux de proximité.

La mutualisation des espaces et des moyens est ici prétexte à l’échange d’expériences et de savoir-faire, au développement de passerelles permettant de sortir des « entre-soi » et à l’invention de nouveaux communs, de nouvelles formes de coopération et de nouveaux modèles économiques. L’accueil d'activités génératrices de revenus (restaurant, commerces, location d’’espaces…) favorise le croisement des publics et conforte l’économie du dispositif.

La porosité du lieu avec son environnement et sa modularité lui permettent de s’ouvrir aux enjeux du territoire et d’adjoindre à l’utilité artistique une utilité sociale.

Le modèle de gouvernance imaginé est large, horizontal et ouvert à une multiplicité de parties prenantes, visant un véritable partage du pouvoir entre l’ensemble des forces vives appelées à faire vivre le lieu. Il est adossé à un principe de don / contre-don selon une logique équitable de partage et de transmission.

3. La surprise party

Une programmation surprise portée par trois structures culturelles de disciplines différentes et un lieu institutionnel

Dans cet atelier consacré à l’interdisciplinarité, les participants ont proposé le principe d’un événement produit en coopération par trois structures artistiques et culturelles relevant de disciplines distinctes et un lieu culturel institutionnel. A travers le croisement des disciplines sont ainsi visés le croisement des publics et des échelles de structures, le soutien aux artistes émergents du territoire et la rencontre entre acteurs autour de nouvelles formes de coopération.

Le principe : mobilisés par le biais (mais à l’extérieur) des structures artistiques, trois artistes (ou compagnies ou collectifs) ont carte blanche pour croiser leurs disciplines dans une création commune présentée lors d’un événement surprise. L’opération est ainsi renouvelée 2 à 4 fois par an avec une rotation des structures partenaires et des équipes artistiques associées.

Le modèle économique envisagé repose sur un pot commun sollicitant l’ensemble des parties impliquées ainsi qu’une aide des collectivités publiques et des financements participatifs.

La gouvernance associera les quatre partenaires (les trois structures et le lieu) selon une logique tournante. Le recours à un coordinateur extérieur aux structures partenaires est envisagé pour animer la gouvernance et coordonner le dispositif.

4. Coopération2

Boîte à outils évolutive du projet culturel de quartier

Le dispositif « Coopération2 » est une petite boîte à outils du projet culturel de quartier. Pensée par le groupe de l’atelier comme le point de départ d’un processus ouvert et évolutif, elle est composée de quatre outils destinés à interagir.

Le groupe des coopérateurs est un premier noyau d’acteurs représentatifs de la diversité du quartier mais voué à être bientôt rejoint par d’autres. Espace convivial de repérage et de partage d’expériences, il se fixe pour objectif d’initier les trois autres outils.

La cartographie sensible des quartiers est un outil de connaissance des ressources et des dynamiques des territoires tels qu’ils sont vécus et pratiqués par les professionnels et les habitants. Alimentée régulièrement par une diversité d’acteurs, elle permet de repérer « les vides et les pleins culturels, les possibles de culture ou les graines enfouies » et de mieux penser les actions à mener dans le futur.

L’écriture d’un petit dictionnaire du projet culturel de quartier vise la constitution progressive d’un référentiel et d’un langage communs pour les acteurs et le développement de politiques publiques concertées. « De A à Z, il donne toutes les clés de la coopération. A la lettre Z on trouve les « Zhabitants ». Nourri par les expériences repérées à Nantes, ailleurs en France et dans le monde, il est une contribution pour constituer une communauté agissante et large autour de la notion de projet culturel de quartier / de territoire.

Enfin, prolongements du groupe des coopérateurs, les conseils culturels de quartier réunissent des habitants, des acteurs culturels, sociaux, économiques, et décident d’actions à conduire dans les quartiers.

5. Un écosystème-ressource pour les arts et les cultures numériques

Animer le réseau professionnel et incuber les projets

Invité à imaginer un dispositif de soutien aux acteurs et aux projets émergents prenant en compte les enjeux de la transition numérique, ce groupe de travail a formulé trois objectifs-clés : décloisonner les disciplines, les secteurs et les territoires ; repérer, connecter et développer les ressources ; agencer les maillons de la chaîne de production déjà présents sur le territoire. Il s’agit tout à la fois de reconnaître et de valoriser les acteurs historiques, déjà à l’œuvre et porteurs d’une expérience précieuse, et d’identifier et accompagner les acteurs émergents.

Le dispositif proposé ici comprend d’une part des foncions structurelles et permanentes d’animation de réseau et d’incubation de projets (au centre du cercle dans le schéma ci-contre) et, d’autre part, un programme d’actions (représentées autour du cercle dans le schéma) visant à amorcer une dynamique de coopération sur le territoire.

Journées portes-ouvertes pour générer une porte d’entrée dans l’écosystème, élaboration de modes d’emploi (sur le modèle des fichiers « readme.txt ») par lequel les acteurs pourraient se présenter et être mieux identifiés, rencontres formelles et informelles… : les actions envisagées répondent toutes à un souhait d’ouverture, de mise en réseau et de plus grande interconnaissance des acteurs.

Autre idée essentielle : le repérage et l’ouverture d’espaces d’expérimentation pérennes qui constitueront une ressource majeure pour le déploiement du programme d’incubation de projets.

L’agencement de ces différentes actions vise à créer les conditions d’une capitalisation de l’expertise territoriale autour des questions numériques, expertise qu’il s’agira ensuite d’animer pour permettre son renouvellement et son enrichissement.

6. Une charte de coopération culturelle pour une responsabilité partagée

Il était proposé aux participants de cet atelier de réfléchir au principe d’une charte de coopération culturelle, envisagée comme un outil au service d’une responsabilité territoriale partagée.

S’employant à mieux définir le sens et l’objet d’un tel dispositif, les participants ont notamment insisté sur l’intérêt d’une charte pour remédier au trop grand cloisonnement des acteurs et construire une action suivie, continue et cohérente dans la durée. La charte est alors appréhendée comme :

> un espace de co-construction de priorités et d’objectifs communs

> un document de mise en cohérence des politiques territoriales et des actions des acteurs

> un dispositif de suivi des engagements des acteurs

> une opportunité pour permettre l’adaptation des acteurs et de l’action publique à un ensemble de transitions numériques, économiques, écologiques et culturelles

> une manière de mieux identifier les contributions du secteur culturel aux défis territoriaux, qu’ils soient humains, sociaux, urbains, entrepreneuriaux, environnementaux…

> un levier pour le maintien de la diversité au sein de l’écologie culturelle nantaise et le développement de solidarités entre acteurs

Ainsi la « Charte de coopération culturelle pour une responsabilité partagée » ne saurait être réduite à un document purement déclaratif. Elle aurait vocation à être animée, contraignante pour les signataires et évaluée dans le temps. Elle devrait permettre de suivre la réalisation des engagements territoriaux des acteurs culturels parties prenantes et de les aider à les accomplir. Enfin, elle devrait être construite collectivement avec une diversité d’acteurs, impliquer plusieurs niveaux de collectivités publiques et comporter une dimension intersectorielle.

7. Un espace de ressources et de partage d’expériences autour de la médiation

Plateforme numérique, rendez-vous nomades et retours d’expériences

Les participants à cet atelier étaient appelés à imaginer un dispositif susceptible de mobiliser l’ensemble des acteurs de la médiation (structures culturelles ou socio-éducatives, médiateurs, publics, habitants…) pour favoriser le partage des pratiques et des savoir-faire, susciter l’interconnaissance et porter une réflexion collective tenant compte des mutations sociétales (transition numérique), des nouveaux référentiels (et notamment de la notion de droits culturels) et des nouvelles formes de médiation.

Le dispositif proposé par les acteurs se définit comme un « espace de ressources et de partage d’expériences » et s’organise autour de cinq fonctions-clés interdépendantes (présentées dans le schéma ci-contre).

Une plateforme de ressources numériques (dite « e-ressources ») mettra à la disposition des acteurs une série d’outils pour faciliter leur mise en réseau, le repérage des porteurs de projets et des expériences, ainsi que la collecte de témoignages.

Des rendez-vous nomades, accueillis dans des lieux divers, constitueront des espaces d’échanges thématisés autour d’apports théoriques et de partages d’expériences.

Une fonction « retours d’expériences » consistera à repérer les expériences les plus significatives et à analyser les conditions de leur réussite mais aussi les « loupés » et les écueils.

Un pôle « élargissement des horizons » aura pour fonction de nourrir la réflexion des acteurs nantais par une ouverture aux expériences et aux savoir-faire repérés ailleurs en France ou à l’étranger.

Enfin, une fonction d’accompagnement pourra donner lieu à un guide des projets de médiation et permettrait d’appuyer plus spécifiquement des démarches d’acteurs, par exemple par la mise en place de groupes de soutien.

Le schéma ci-contre détaille les propositions du groupe pour chacune de ces fonctions.

8. Une cohabitation créative à l’école

La rencontre au quotidien entre les projets pédagogique, éducatif et artistique

Invités à imaginer un dispositif d’éducation artistique et culturelle autour de la présence de l’artiste à l’école, les membres de cet atelier ont proposé le concept de « cohabitation créative à l’école » qui vise « une imprégnation mutuelle de l’ensemble des parties prenantes (enfants, artistes, enseignants, équipe éducative, personnel scolaire…) par le partage d’un quotidien ».

 En favorisant une connaissance plus grande et plus fine entre les personnes, ce dispositif consiste à créer les conditions d'une véritable rencontre et, in fine, de l’ouverture d’un espace de liberté d’expression pluriel.

Il s’agit pour cela de faire dialoguer un projet éducatif et pédagogique avec une démarche artistique. Dans un cadre souple et évolutif, l’objectif est d’abord de faire vivre des expériences artistiques aux enfants, sans objet ou temps de valorisation imposés. La temporalité et le rythme de la cohabitation devront pouvoir être adaptés au contexte de chaque projet, chemin faisant, au fil du processus.

9. Elargir notre pensée de l'espace public

Affirmer le territoire nantais comme un laboratoire en matière d’inscription de l’art dans l’espace public

Cet atelier, à vocation plus exploratoire que les 8 autres, visait à élaborer des propositions d’actions, de dispositifs, de méthodes, de modes de coopérations pour conforter et prolonger la démarche ambitieuse de la ville de Nantes en matière d’art dans l’espace public.

Il y a à Nantes une culture de l’art dans l’espace public assez exceptionnelle portée par des démarches emblématiques de grande qualité (Voyage à Nantes, Royal de Luxe…). Les propositions formulées au cours de l’atelier suggèrent de s’appuyer sur ces atouts pour mieux reconnaître et valoriser la diversité des compétences et des expertises à l’œuvre sur le territoire. La variété des acteurs permet d’envisager ou plutôt de structurer davantage des coopérations à géométrie variable.

Lire la synthèse de la démarche de Nantes : cliquez ici