L'éducation musicale à l'école : une priorité

Plongée dans les interventions du conservatoire d’Aubervilliers-La Courneuve auprès des écoles de son territoire

©Virginie Salot

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Priorité des politiques culturelles des collectivités territoriales et de l’Etat depuis de nombreuses années, l’éducation artistique et culturelle est aujourd’hui stimulée par la dynamique des villes 100% EAC (dont La Courneuve fait partie) lancées par les ministères de la Culture et de l’Education nationale. Les vertus de l’éveil à l’art sont aujourd’hui largement reconnues, en particulier celles de l’éducation musicale : appui aux apprentissages scolaires, développement des aptitudes comportementales, renforcement de la confiance en soi pour n’en citer que quelques-unes… d’où la mobilisation accrue des conservatoires sur ces objectifs démocratiques.

Fin 2017, les villes de La Courneuve et Aubervilliers ont confié à l’Observatoire des politiques culturelles la réalisation d’un diagnostic qualitatif de dispositifs d’éducation musicale mis en œuvre par le Conservatoire à rayonnement régional d’Aubervilliers-La Courneuve dans leurs établissements scolaires du 1er degré. Objectifs : évaluer les dispositifs et mener une réflexion prospective sur leur avenir. Une étude inspirante sur des dispositifs ayant faits leurs preuves.



Panorama des dispositifs : systématisme vs appel à projets

crédit CRR 93

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Un partenariat actif pour le fonctionnement des dispositifs

Les points forts : des dispositifs structurants et appréciés

*Des politiques municipales volontaristes, un conservatoire pionnier et engagé : les 2 villes affichent une ambition politique forte et ancienne en faveur de la jeunesse, concrétisée par un soutien marqué au syndicat intercommunal qui porte le CRR et par l’orientation des missions de ce dernier en faveur des partenariats avec le monde scolaire.

*Le foisonnement de l’offre d’éducation artistique, en particulier musicale La diversité de l’offre démultiplie les possibilités de contacts avec l’art et la culture pour chaque enfant, ce qui constitue un enjeu important pour des territoires marqués par d’importantes difficultés socio-économiques.

*La coexistence d’un dispositif systématique sur 3 ans (à La Courneuve) et d’appels à projets constitue un atout car elle favorise à la fois l’équité entre les élèves, une plus grande implication des enseignants et des possibilités de renouvellement des projets.

*Le partenariat est un maillon essentiel des projets d’éducation artistique : l’enquête souligne l’importance stratégique du pilotage institutionnel.

*Le binôme musicien-professeur constitue la clé de voûte des dispositifs : une collaboration étroite sur le terrain, entre musiciens intervenants (le plus souvent titulaires du DUMI, rattachés au CRR) et professeurs des écoles, nourrit la co-construction et la qualité des interventions.

*La diversité des profils et parcours des musiciens intervenants favorise la dynamique de projet et la variété des objectifs éducatifs et artistiques mobilisés.

*L’opportunité de bénéficier d’un enseignement musical de qualité pour les enfants ; et un apport pour les professeurs des écoles qui considèrent l’éducation musicale comme une discipline nécessitant des connaissances techniques qu’ils maîtrisent peu.

*L’intégration des dispositifs au projet de la classe ou de l’établissement scolaire est pointée comme un facteur démultiplicateur des bénéfices de l’éducation artistique et culturelle

©Virginie Salot

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crédit CRR 93

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Les points de progression : une mise en œuvre complexe

*La diversité de l’offre d’EAC entraîne un manque de lisibilité, notamment pour les nouveaux enseignants nombreux sur ce territoire, malgré des efforts en matière de communication du côté des villes comme du conservatoire.

*Les moyens humains restent faibles en matière de coordination et des difficultés logistiques chronophages sont pointées par les différents partenaires ; le pilotage institutionnel et la coordination entre services mériteraient aussi d’être renforcés.

*Des contraintes matérielles fortes entravent le fonctionnement des dispositifs : manque d’instruments et de matériels d’écoute, locaux inadaptés dans de nombreuses écoles, déplacements difficiles pour certaines classes…

*Les dispositifs systématiques concourent à la “routinisation” des interventions et il n’existe pas véritablement de programme et de progression entre les années.

*Des critiques sont émises concernant la complexité des dossiers de candidature aux appels à projets.

*Le manque de temps de coordination et d’échanges entre musiciens et professeurs des écoles est le véritable point faible des dispositifs : ces acteurs se retrouvent insuffisamment dans des situations de co-construction des projets ou séances, de leur déroulement et de leur évaluation.

*Le prolongement des séances au-delà de la présence du musicien intervenant et de la restitution finale reste une question à traiter.

*La complémentarité et l’articulation des dispositifs d’éducation artistique à l’école entre eux et avec les enseignements spécialisés au conservatoire est également à développer.

Des pistes de réflexion pour réaffirmer et renforcer l'éducation musicale à l'école

Le diagnostic a débouché sur l’élaboration de pistes de travail pour l’amélioration et la consolidation des dispositifs existants qui constituent aujourd’hui de vrais atouts au regard des enjeux éducatifs et sociaux des territoires concernés.

*Réaffirmer les objectifs poursuivis par chaque partenaire et les formaliser dans des documents de cadrage.

*Approfondir la réflexion sur la complémentarité et l’articulation des dispositifs, afin que chaque élève bénéficie d’actions d’éducation artistique plusieurs fois au cours de sa scolarité.

*Mettre en place des outils d’évaluation qui incitent à la réflexivité (comme c’est déjà le cas du côté du conservatoire qui intègre l’auto-évaluation des musiciens intervenants comme principe d’ajustement et d’auto-formation), au partage d’expériences entre partenaires et au réinvestissement des conclusions dans le pilotage des actions.

*Augmenter le nombre de classes bénéficiaires, en travaillant sur l’extension des projets à plusieurs classes d’un même niveau au sein de l’école, ou encore en concevant des modalités d’intervention de musiciens intervenants en accompagnement d’un investissement renforcé des professeurs des écoles. Construire des parcours.

*Améliorer la logistique : identification et mutualisation des ressources matérielles, mobilisation du numérique, facilitation de l’accès aux concerts pédagogiques, etc.

*Consolider le partenariat opérationnel entre musiciens intervenants et professeurs des écoles (notamment en favorisant la définition d’objectifs communs et en incitant à la co-écriture des projets).

*Améliorer la communication et le lien avec les familles, développer les traces et la mémoire des projets (en utilisant notamment les ressources offertes par le numérique)

*Renforcer la présence artistique à l’échelle de l’école (en favorisant des résidences d’artistes, en ouvrant une antenne du CRR dans une école, etc.)

©Virginie Salot

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En conclusion : des politiques d’éducation artistique à suivre…

Depuis un an les villes et le conservatoire se sont saisis des propositions formulées dans l’étude.

Les préconisations font leur chemin… par exemple à la rentrée 2019, la ville d’Aubervilliers étend l’intervention musicale du conservatoire à TOUS les enfants de grande section de maternelle. Un pas de plus vers l’objectif du 100% EAC !

Une étude pilotée par l’OPC, réalisée par Christine Bolze (consultante), Cécile Martin (directrice des études à l’OPC) et Samuel Périgois (chargé de recherche, OPC).